Feuille de route

Un fou m'a demandé, samedi à notre stand vulgairement habillé du drapeau Pace et de panneaux sur les Conventions de Genève :
>> Alors les attentats c'est vous ? Les enfants déchiquetés c'est vous ? (je ne lui ai pas demandé s'il était du groupe "Avengers of the Infants", gropuscule israélien ayant la fâcheuse manie de mettre des bombes dans des écoles palestiniennes, voir mars 2002, et ci dessous)

Ce matin, une personne m'interpelle sur un forum, parce que j'y ai posté un lien sur un site retraçant la colonisation israélienne.

http://www.arij.org/index.htm

Il me parle du Hamas, comme si de facto, le fait que je puisse prendre position non pas pour la cause, mais pour les faits, me situe dans les extrêmistes... tellement facile.

Alors à lui, et à tous, ces quelques mots...

Israël est un Etat qui se dessine sur 78% de la Palestine historique.

Il faut arrêter de jouer sur les mots.

Il n'est pas question de la construction de l'Ikea de tel Aviv. Ils sont libres à mes yeux de construire Disney Land 3 à Haïfa. Mais je sais que techniquement, historiquement, si l’on prend l’histoire à échelle humaine, les réfugiés palestiniens de l’ex-Jaffa de leur coeur, vivant en Cisjordanie, en Syrie, au Liban, en Jordanie, eux... souffrent encore, et gardent encore, une clé de leur ancienne maison, près du coeur. Aucun mot ne peut prendre la mesure du drame de ce peuple. De son non droit au retour. De son exil. De son errance. Oui... plus facile de parler de leurs errances erratiques. Du Hamas, du Hezbollah...

Je parle, nous parlons... des 22% qui restent. Et qui sont grignotés en violation de tous les accords, pourparlers, et aussi, oui, en violation avec les Conventions de Genève IV. Sans oublier que d'autre part, l'armée israélienne occupant les territoires de Cisjordanie et bande de Gaza, viole quotidiennement les Conventions de Genève I et IV

Des 22% hors champs... du mot "caduc", si l'on peut l'exprimer ainsi.

Voilà les torts principaux, côté israélien. Le rôle de l'OCCUPANT
Et leur Extrêmisme par les armes, mais aussi par leur lame de fond (vouloir tout, tout, tout) et qui est folie.

Du côté de l'OCCUPE, il y a un peuple qui tente de survivre. Deux millions de personnes sous couvre feu permanent, privés d'ambulances, services, écoles, travail (70% sont au chômage...) etc.

Il y a un terrain, oui, propice pour permettre à des factions extrêmistes de devenir leur dernier espoir. Le Hezbollah, et autres mouvements sont souvent les derniers secours (genre secours catholique ici, ou Armée du salut...., hé oui) quand au hamas, je suis parfaitement consciente depuis des années qu'ils n'ont absolument pas contribué à la paix. Mais qu’a fait Israël pour la paix ?

Quand en 1993 on parle de Paix, de respect... et que durant ce temps, on colonise une terre, je suppose, qu'il n'est pas insensé d'avoir vu émerger la rage ! Il y a longtemps que je dis que le désespoir engendre les desperados. Que le désespoir qui fait tagger un mur ici avec une bombe aérosol, fait tagger de sang, d'autres murs.

Et pourtant, croyez-le ou non, détruits comme ils le sont, les Palestiniens, ces civils traités comme des terroristes, des parasites que l’on passe au bulldozer sont avant tout désireux de vivre. Cela a l’air bête dit comme ça. Mais c’est comme ça. Et quand ils voient leur ancienne place du marché, lieu de leurs réunions civiles, sociables, devenue terrain de foot pour quelques gosses de colons, comme à Hebron, ils ont mal. C’est bête ? C’est comme ça.

Alors quand sur le net, on peut trouver des liens vous parlant de votre prochain do-mi-si-la-do-ré là-bas… on se dit que les promoteurs sont inconscients ou que la colonisation est toujours bien d'actu.

Alors,la Feuille de route, vous voyez, quoi. Et le fait que l’on s’occupe de savoir si de QG dévastés, une quelconque autorité peut faire face à quoi que ce soit… Et ceci plutôt que parler du fait que si 300 colons entourés de 2000 soldats se tirent avec leurs check point et le reste de leur armada, il y a déjà de quoi calmer le jeu, rien qu’au niveau d’un seul bled de Cisjordanie, moi, je reste songeuse, encore et toujours sur qui veut la Paix. Qui peut la Paix.

Voilà. C'est bien beau de parler d'Abou Mazen.
De crise politique dans la gauche israélienne.
Mais c'est autant de place dédiée au Proche-Orient qui n'a pas sa première place, à mon sens.

Si on en venait au fait. Aux faits !

La chape de plomb qui entoure, congestionne, désespère, tue, annihile les Palestinens, les soldats qui étouffent ce peuple au nom des colonies, illégitimes, qui plus est, voilà, en un mot un truc aussi bête que le slogan :"la terre pour la paix".

Un occupant. Un occupé. Pourtant simple, non ?

Et arrêtez avec les mots bâtô avec les vieux, Arafat et Sharon dans le même panier, on arrivera à rien.

Arafat reste l'homme qui a le mérite d'être respecté, pas assez certainement, lorsque les extrêmistes enragent sur sa "mollesse" ou que les colombes enragent face à sa non-volonté de se couper totalement de la base humiliée quotidiennement. Pas assez, mais juste assez, je le crois, pour jouer le rôle d'une plateforme. Et il en faut une grande, pour réunir des êtres qui se reconnaissent soit dans le combattant soit dans l'homme de la paix.

Et Sharon ou pas Sharon, depuis 55 ans, l'air de rien, c'est blanc-bonnet, bonnet-blanc. Il suffit de regarder les cartes pour comprendre que les Palestinens vivent sur des confettis de plus en plus réduits. Dans le fond, on pourra bientôt utiliser le mot "palestinisation" pour dire plus pire que pire.

(avril 2002)

La tôle se plisse sous des airs complices

Elle a stoppé le véhicule
Comme on lui a dit de le faire en cas de rencontre avec des soldats israéliens
Lors des premiers tirs contre son véhicule, elle n’y a pas cru. Elle a l'idéal des amis se battant contre toute forme d'injustice.
Munie de drapeaux, d’enseignes au nom de « Save the Children » organisation internationale, sa voiture est visiblement une non-cible garantie....
Forte de sa carte d’identité issue de l’ambassade américaine, assurant qu’elle et son véhicule sont membres d’une organisation internationale d’aide, et ne doivent pas être arrêtés...
Et encore moins être cibles de tirs
Quant à être tués, impensable ! !
Mais bon, l'histoire se passe vers Naplouse, terre sous occupation israélienne, occupation militaire des plus sauvages, des plus barbares... En terre où l'occupant ne respecte rien, pas même les enfants, ni les ambulances.(voir Convention de Genève violée, chaque jour)

Elle a crié, qu’elle avait un bébé de 4 mois dans la voiture, l’enfant d’une amie et collaboratrice.

Ils ont continué à tirer

Quand ils ont avancé, elles ont pensé que la vision de deux femmes et un bébé hurlant de tous ses poumons, les stopperait…

Ils ont continué à tirer

Elle a pris son courage à deux mains, et est sortie du véhicule pour montrer son corps, désarmé

Quand une balle a ricoché sur le sol, devant ses pieds, elle sérieusement flippé, pris ses jambes à son cou, en hurlant… Elle avait compris que l'incompréhensible, l'incroyable est travail de dératissage de routine d'une armée de terreur

Son amie a juste eu le temps, elle aussi de courir loin du véhicule, sous les tirs, son bébé dans les bras

Ils ont continué à tirer

Le véhicule a été réduit en passoire
Le siège où se tenait le bébé, et sa mère, aussi

C’était le trajet d’un véhicule nommé « Save the Children »… Sauvez les enfants….

Quand les superlatifs sont éculés, parler de la barbarie de l’armée israélienne est un euphémisme.

Le silence israélien aussi
Celui de toute la communauté internationale aussi

Et ce n’est que pour voir tous les jours, des images d'ambulances du Croissant Rouge servir de pigeons à des criminels de guerre en puissance au nom d'un état terroriste, que cette petite histoire, ne me choque, même plus.

Tous les jours ... Tous les jours... Tous les jours ...

Un cauchemar

(2002)

Et il y en a qui ont besoin de faire des enquêtes ?

Qui mettent en doute quoi ????

La liste est si énorme !!

Même avec des restes de mes écrits ridicules, disparus de la toile il y a de quoi s'asseoir, pleurer, pleurer et encore pleurer

Comment ils font, les gens là-bas ? Comment ont-ils pu tenir, avec en plus des bombes, des deuils, destruction, images, tout sur eux

Vendredi Sang

Je ne sais pas comment on peut écrire bordel de merde, poliment.
Je ne sais pas.

En ce moment, la vie de Yasser Arafat est directement menacée par l'armée israëlienne qui a lancé l'assaut sur tous les bâtiments autour du leader du peuple le plus opprimé de la terre.

Qui s'étonne encore ?

Des femmes accouchent dans des check point de bébés qui meurent dans la poussière.
Des enfants sont tirés comme des lapins
Des individus sont jettés au sol, déshabillés, avant d'avoir leur tête éclatée à bout portant, et giser, en slip blanc sur une route, et pourtant, les photos prouvent que l'interpellé n'avait pas d'arme, ni bombe dans son slip.
Les militaires israëliens tirent exprès sur des ambulances
A moins que la myopie soit devenue une maladie commune là-bas
Les journalistes sont tués
Les observateurs sont lynchés
Les enfants de douze ans sont torturés
L'eau est détournée
Les oliviers et cultures sont brûlés, peut-être pour y planter des avocats Carmel ou des oranges Jaffa
Des êtres sont traités par des civils, des colons de manière plus abjecte encore qu'aucun Allemand de 39-45 n'aurait osé traiter quiconque, à moins d'avoir la carte du parti.

Mais que faut-il encore pour que ce carnage cesse ?

Une bombe ????? C'est ça le but ? Trouver une raison à déjouer à la dernière seconde LA bombe ??????

Marre

Et vous voulez, que moi j'aille peindre des putains d'oeufs ?

Veille de Pâques 2002

101 jours tachés de rouge

Aujourd'hui, cela fait 101
CENT UN
Jours
Que Naplouse vit sous couvre feu.

Couve-feu

101 jours que tout ce qui bouge se voit tirer dessus
En vrac :
L'ambulance qui va chercher un malade, quand elle prend le risque suicidaire de sortir de son centre d'urgences
Le mère qui choisit de braver le couvre feu pour emmener à pied son bébé voir un médecin
Que l'eau est coupée
Quand la tuyauterie restant en état de fonctionnement pourrait amener de l'eau dans les foyers...
Que l'électricité est coupée
Que la radio de là-bas essaie de faire son travail d'information, de réconfort à des familles terrées chez elles, comme des rats, sans contact avec l'extérieur
Que toute vie est stoppée
Que les femmes accouchent on ne sait où, et comment
Que les enfants mangent on ne sait quoi
Que les hommes font peur à leur petit garçon, en versant subitement des larmes entrecoupées de sanglots de rage
Que les vieilles dames font attention de ne pas se casser quoi que ce soit

Le couvre-feu, c'est recevoir des bombes lacrymogènes, au mieux, des bombes qui feront que d'autres vous pleurerons, des tirs par des chars, des fusils, tout...

Couvre-feu signifie couvrir de feux toute une population
Prendre en otage des civils
Les tuer à petit feu
C'est un embargo unilatéral de la pire espèce

101 jours que la population de Naplouse vit sous couvre-feu

101 jours où il est suicidaire de faire ce que cette population tente de faire ces derniers jours, des marches de protestation (arrosée de tirs, et morts) des veillées aux chandelles (illumminées par des tirs) et tiens, depuis quelques jours : braver le couvre feu pour envoyer les petits, à l'école, quand même.......................

Le goût du suicide ne s'apprend pas à l'école. NON.
Ne dites plus jamais cela.
Il s'apprend en marchant, sous les fusils de l'armée israélienne, pour aller simplement à l'école.
Demander simplement le droit de vivre, humainement.
Demander le respect de la vie, de la dignité.


Le monde regarde.
Et soupire...

(2002)

L'horreur est. Point.

Amnesty International, accusée de partialité par Israël, sort la Convention de Genève pour expliquer que les agissements à l'encontre des civils israëliens vont "à l'encontre de la Convention de Genève (...), c'est choquant". C'est ce que l'on appelle le biscuit pour faire passer un message. "De telles actions inacceptables ne justifieront jamais les violations palestiniennes que nous avons vues commettre au cours des 18 derniers mois".
Oh, certainement, toute action qui tue des civils, des innocents, est abominable.
Aucun humaniste digne de ce nom ne pourrait le contredire.

Et le mais, qui suit, vise simplement à rappeler, puisqu'il le faut, que dans le dossier Proche-Orient, ne pas faire preuve de partialité est cautionner l'horreur, les humiliations que subissent les Palestiniens.

Le peuple palestinien.
Des hommes, des femmes, des enfants, privés de tout droit.
Même celui du désespoir.

Privés d'écoles, de soins, de travail, de maisons, de cultures.

Une fois de plus, et faut-il le hurler, les kamikhazes sont des êtres sans repères, manipulés, simples objets d'un but les dépassant. Juger des êtres privés de tout droit, en utilisant la lorgnette de la raison, est simplement oublier que les pires déraisons naissent de la misère.

Il n'y a aucune partialité, dans le sens, subjectivité malsaine, à dire que l'Etat d'Israël viole les droits les plus fondamentaux des Palestiniens. Droits de l'homme. Humilie un peuple entier, tous les jours, dans des check point, ou ailleurs. Les prive de tout droit. Les blesse : Plus de 18'000 blessés en 18 mois !!!
Les tue, 1200 morts en 18 mois !!!

Que toute cette politique est monstrueuse. Inique.

Ce n'est pas être partial. Subjectif.
C'est simplement être objectif.

Et nier ces faits, n'est qu'ajouter un peu de désespoir en plus, dans le coeur des Palestiniens. Ceux qui, à 17 ans, prèfèreraient certainement, boire un boc ou de la limonade, sous un tilleul ou un olivier.
"On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans,
Et que l'on a des tilleuls verts sur la promenade" (Rimbaud)

Alors... sous les crachats rouges de la mitraille
On finit par dormir.
Pâle dans un lit rouge
Avec deux trous rouges au côté droit

Arrêtez de parler de partialité !!!

Les faits ! Les faits objectifs font vomir
Gerbe de chardons piquants rouges sang

(2002)

Crimes et cris

Ce soir, il m’est arrivé un truc étrange.
Un ami nous a amené une cassette vidéo. Un reportage. Vingt minutes. Le thème ? « Palestine is still the issue ». Le sujet, la solution, le thème, c’est toujours : la Palestine. Joli titre. Excellent. Signé par un brillant journaliste : John Pilger.

On y voyait des images datées d’il y a plus d’un an. Est-ce encore important ? Rien ne change, et l’actualité ne fait que réinventer des angles de vues d’une même horreur. Des bureaux saccagés, sur lesquels les soldats israéliens avaient uriné et enduit leurs excréments. Le département des affaires culturelles, et ses ordis éventrés. Sa salle réservée à la création des enfants avait été bariolée par toutes les peintures giclées en vrac sur tous les murs, les fenêtres. Il y a eu ce témoignage empreint de chagrin d’un refuznik, kipa sur la tête, qui parlait de son refus de continuer à servir cette haine, cette politique de l’humiliation. Des images, encore de démolitions. Oh vues, déjà vues. Déjà imaginées, aussi. En moins pire.

Il y avait aussi ce moment très fort du reportage où l’on voyait une petite fille, un doux visage, jouant au piano, riant autour d’un gâteau d’anniversaire. Elle avait 14 ans. Son père, assis dans le salon avait une histoire de deuils en amont, déjà. Ses parents, oncles, tantes, partis à Auschwitz et Treblinka. Et il était là, ce papa aux mains vides. Sans même les tordre, il racontait, la petite qui part faire une course avec deux copines. Et rencontre un kamikaze. Et il a dit, « quelqu’un que le désespoir a amené là ... » Et c’est là qu’il a perdu la petite. Et c’est presque surhumain, ce père qui arrive à comprendre, face à l’inhumanité du reste du monde. Et voilà.

Enfin, je vous raconte ce que j’ai réussi à apercevoir au travers d’un voile embrumé. Parce qu’il y avait, aussi, une scène, toute simple. Une maman coiffant sa petite minette. Gros yeux noirs, bouche en pétale. Sur l’écran, en dessous, il y avait le nom de la maman. Une impression de déjà vu. Chair de poule. Son nom est là, oui, dans mon carnet de notes. C’était « un des cas » que j’avais traduit à l’époque : La vie neuf mois à l’abri. Un check point au bout. La vie qui crie, un canif pour le cordon. Le bébé qui cesse de pleurer, peu après. Fatma Al Rabo. Un exemple de violation des Conventions de Genève, de crime contre l’humanité qui figure sur le site genre blogue de la bibi. Effrayant. Lors d’un sit-in, j’avais lu cette histoire, le micro de la copine de la cops’ syndicaliste à la main. Et soudain, là, ce soir j’ai pu mettre un visage sur son nom. Cela m’était déjà arrivée avec un autre bébé, dont j’avais parlé, une miraculée ... retrouvée sur le site de Christophe Delmère. Mais cela fait peur.

Alors j’ai l’impression que le monde est petit. Et Petit, aussi. Que le monde est fou. Et vraiment fou.

Et je ne sais pas bien à quoi tout ceci sert. Un jour, inshallah, comme on dit, j’ai envie de pouvoir tenir la main de cette femme, voir la petite miraculée, retrouver ma puce de la photo de Reuters, de Khan Younes. En attendant ... j’ai peur pour elles, tous les jours. Un peu comme si je les connaissais.

Et je ne comprends pas que l’on n’ait pas peur pour elles, pour eux, tous, pour tout ce désespoir qui se dilue en lignes, en images. Je ne comprends pas que l’on ne comprenne pas que toute la question, le thème majeur, le dénouement ... c’est La Palestine.


PS : Toute chaîne d'information qui se respecte devrait diffuser ce film. Mais avec ou sans images, la réalité est toujours la même, et on peut trouver tout en suivant ce lien, qui mènent à d'autres aussi
Et y découvrir les difficultés de diffuser la vérité.


http://www.guardian.co.uk/comment/story/0,3604,797084,00.html

http://www.johnpilger.com/

(2003)