Ce soir, il m’est arrivé un truc étrange.
Un ami nous a amené une cassette vidéo. Un reportage. Vingt minutes. Le thème ? « Palestine is still the issue ». Le sujet, la solution, le thème, c’est toujours : la Palestine. Joli titre. Excellent. Signé par un brillant journaliste : John Pilger.
On y voyait des images datées d’il y a plus d’un an. Est-ce encore important ? Rien ne change, et l’actualité ne fait que réinventer des angles de vues d’une même horreur. Des bureaux saccagés, sur lesquels les soldats israéliens avaient uriné et enduit leurs excréments. Le département des affaires culturelles, et ses ordis éventrés. Sa salle réservée à la création des enfants avait été bariolée par toutes les peintures giclées en vrac sur tous les murs, les fenêtres. Il y a eu ce témoignage empreint de chagrin d’un refuznik, kipa sur la tête, qui parlait de son refus de continuer à servir cette haine, cette politique de l’humiliation. Des images, encore de démolitions. Oh vues, déjà vues. Déjà imaginées, aussi. En moins pire.
Il y avait aussi ce moment très fort du reportage où l’on voyait une petite fille, un doux visage, jouant au piano, riant autour d’un gâteau d’anniversaire. Elle avait 14 ans. Son père, assis dans le salon avait une histoire de deuils en amont, déjà. Ses parents, oncles, tantes, partis à Auschwitz et Treblinka. Et il était là, ce papa aux mains vides. Sans même les tordre, il racontait, la petite qui part faire une course avec deux copines. Et rencontre un kamikaze. Et il a dit, « quelqu’un que le désespoir a amené là ... » Et c’est là qu’il a perdu la petite. Et c’est presque surhumain, ce père qui arrive à comprendre, face à l’inhumanité du reste du monde. Et voilà.
Enfin, je vous raconte ce que j’ai réussi à apercevoir au travers d’un voile embrumé. Parce qu’il y avait, aussi, une scène, toute simple. Une maman coiffant sa petite minette. Gros yeux noirs, bouche en pétale. Sur l’écran, en dessous, il y avait le nom de la maman. Une impression de déjà vu. Chair de poule. Son nom est là, oui, dans mon carnet de notes. C’était « un des cas » que j’avais traduit à l’époque : La vie neuf mois à l’abri. Un check point au bout. La vie qui crie, un canif pour le cordon. Le bébé qui cesse de pleurer, peu après. Fatma Al Rabo. Un exemple de violation des Conventions de Genève, de crime contre l’humanité qui figure sur le site genre blogue de la bibi. Effrayant. Lors d’un sit-in, j’avais lu cette histoire, le micro de la copine de la cops’ syndicaliste à la main. Et soudain, là, ce soir j’ai pu mettre un visage sur son nom. Cela m’était déjà arrivée avec un autre bébé, dont j’avais parlé, une miraculée ... retrouvée sur le site de Christophe Delmère. Mais cela fait peur.
Alors j’ai l’impression que le monde est petit. Et Petit, aussi. Que le monde est fou. Et vraiment fou.
Et je ne sais pas bien à quoi tout ceci sert. Un jour, inshallah, comme on dit, j’ai envie de pouvoir tenir la main de cette femme, voir la petite miraculée, retrouver ma puce de la photo de Reuters, de Khan Younes. En attendant ... j’ai peur pour elles, tous les jours. Un peu comme si je les connaissais.
Et je ne comprends pas que l’on n’ait pas peur pour elles, pour eux, tous, pour tout ce désespoir qui se dilue en lignes, en images. Je ne comprends pas que l’on ne comprenne pas que toute la question, le thème majeur, le dénouement ... c’est La Palestine.
PS : Toute chaîne d'information qui se respecte devrait diffuser ce film. Mais avec ou sans images, la réalité est toujours la même, et on peut trouver tout en suivant ce lien, qui mènent à d'autres aussi
Et y découvrir les difficultés de diffuser la vérité.
http://www.guardian.co.uk/comment/story/0,3604,797084,00.html
http://www.johnpilger.com/
(2003)
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